Objet : Nous exhortons le FMI à reconsidérer toute offre financière au régime éthiopien
Madame, Monsieur,
Nous représentons une organisation dédiée à la défense des Éthiopiens.
Des informations nous sont parvenues selon lesquelles de hauts responsables du FMI prévoiraient de discuter avec le régime éthiopien d’un accord sur les termes et conditions d’un prêt dont le régime a désespérément besoin. Or nous nourrissons de sérieuses préoccupations quant à la moralité de prêter de l’argent à un gouvernement miné par des conflits internes et qui a mis son économie à genoux. Nous ne doutons pas que vous ayez connaissance des crises que traverse le pays : mauvaise gestion, système gangrené par la corruption, rongé par le copinage, le népotisme et le tribalisme. C’est un régime érodé jusqu’au cœur, pourri en quelques années d’existence à peine.
Nous jugeons éthiquement contestable et immoral de prêter de l’argent en sachant pertinemment qu’il existe une très forte probabilité que tout argent auquel le régime peut accéder soit détourné et mésusé pour continuer à faire la guerre à sa propre population et détruire davantage l’économie.
Dans la seule guerre du Tigré, qui a duré deux ans, les dommages causés à l’économie ont été estimés à 26 milliards de dollars américains. Alors que toute logique voudrait que l’expérience du conflit au Tigré suffise à dissuader de nouveaux conflits, quelques mois à peine après la fin de la guerre du Tigré, le gouvernement a envahi la région Amhara. Le coût de la guerre qui fait rage dans les régions Amhara et Oromo éclipsera les dommages causés par la guerre du Tigré. Nous mettons en question l’éthique de prêter le moindre argent à un gouvernement incapable de régler ses conflits par le dialogue pacifique et la négociation, qui précipite l’économie en chute libre et qui livre encore une bataille perdue d’avance.
Les crises ont atteint un point si désespéré que le gouvernement en est au stade d’accepter n’importe quelles conditions pour accéder à n’importe quel argent afin de prolonger son emprise sur le pouvoir, aux dépens des gens ordinaires, et de plonger le pays dans une dette insoutenable. Ce n’est qu’une question de temps avant sa chute, laissant l’économie en lambeaux et le pays lourdement endetté, à mesure que les crises s’aggravent et qu’il perd toute compétence politique et diplomatique à l’intérieur du pays comme dans la région.
Nous ne nous faisons aucune illusion : vous savez que l’économie éthiopienne va de mal en pis, que le régime est d’ores et déjà incapable de rembourser la dette qu’il a accumulée et que, il y a moins d’un mois, il a refusé de payer ne serait-ce que les intérêts de ses euro-obligations. Ce n’est pas un régime qui utiliserait cet argent pour relancer l’économie, mais pour combattre deux des plus grandes régions du pays, après avoir perdu toute légitimité et tout contrôle sur ses affaires intérieures, sans allié régional ni international du fait de son immaturité, de ses erreurs de calcul et de son échec diplomatique.
Nous soumettons respectueusement que :
- Tout emprunt devrait être considéré avec la plus haute attention aux besoins de la population.
- Aucun actif du pays ne devrait être utilisé comme garantie.
- Il ne devrait y avoir ni appui budgétaire, ni même de fonds fléchés, car cela permettrait au régime de canaliser tout argent que le pays gagne vers l’achat d’armes alimentant les conflits internes.
Nous exhortons le FMI à examiner avec la plus grande prudence tout argent qu’il offre au régime éthiopien, et à se demander s’il est, de fait, sage de prêter le moindre argent.
Yours sincerely,
Federation of Amhara Associations in Europe