Escalade des atrocités visant les civils d’origine amhara en Éthiopie — demande d’action au titre de l’alerte précoce
Monsieur Beyani, Monsieur Türk, Madame Kallas, Honorables Membres, et Monsieur Youssouf,
Nous vous écrivons au nom de membres de la diaspora amhara en Europe. Sur la base de rapports publiquement disponibles émanant d’organisations internationales de défense des droits humains et de relevés d’incidents documentés, nous estimons que la situation actuelle présente des indicateurs sérieux de crimes contre l’humanité et justifie une attention immédiate au titre de vos mandats respectifs. Nous ne vous demandons pas de procéder à une qualification juridique ; nous vous demandons d’évaluer les éléments disponibles au moyen des mécanismes d’alerte précoce établis au sein de vos institutions.
1. Développements récents
Alors que le conflit armé entre l’armée du régime éthiopien et le mouvement Fano amhara se poursuit, les civils continuent de subir une part disproportionnée des violences.
Selon l’Amhara Association of America, au cours de la semaine du 15 au 21 juin 2026, des pertes civiles ont été documentées dans treize districts répartis sur six zones de la région Amhara. Parmi celles-ci :
- une frappe de drone des forces gouvernementales sur une école primaire à Qoma-Fasiledes (woreda d’Estie, Gondar Sud) alors que des enfants passaient leurs examens nationaux de sixième année, sans qu’aucun combat actif n’ait été signalé à proximité immédiate ;
- l’usage documenté de violences sexuelles comme instrument de guerre contre des femmes à Sekela (Gojjam Ouest) par les troupes gouvernementales ;
- de nouvelles coupures des télécommunications et interruptions de l’information affectant les populations civiles.
Au cours de la même période, des combattants affiliés au gouvernement, identifiés comme membres de l’Armée de libération oromo (OLA), ont mené des attaques dans le woreda de Dera (zone du Shewa Nord) — meurtres ciblés à caractère ethnique, enlèvements et demandes de rançon visant des civils amhara. Les forces gouvernementales se trouvaient, selon les rapports, à moins d’un kilomètre des crimes mais ne sont pas intervenues : un schéma récurrent de manquement à l’obligation de protéger qui mérite une attention internationale urgente.
D’autres rapports, entre le 9 et le 14 juin 2026, font état de meurtres ciblés de civils à Ankesha-Guagusa, Zigem et Banja (zone Awi). Les habitants les ont décrits comme des attaques ciblées contre des civils amhara, provoquant des manifestations. Chaque allégation nécessite une enquête indépendante, mais ces incidents sont cohérents avec une tendance plus large documentée sur une période prolongée.
2. Pourquoi cette tendance mérite une attention urgente
Ces incidents dépassent le préjudice civil ordinaire de la guerre. La jurisprudence pénale internationale reconnaît que des tendances répétées de comportement peuvent être pertinentes pour déterminer si des crimes d’atrocité sont commis, ou s’il existe un risque sérieux qu’ils le soient. Plusieurs indicateurs documentés correspondent aux facteurs de risque du Cadre d’analyse des crimes atroces des Nations unies, notamment :
- des attaques répétées contre des communautés et des infrastructures civiles — écoles, églises, marchés, établissements de santé ;
- des arrestations massives arbitraires et des exécutions illégales de civils attribuées aux forces gouvernementales, dont les meurtres de Merawi documentés par Human Rights Watch et la Commission éthiopienne des droits de l’homme ;
- des violences sexuelles employées comme instrument de guerre contre les femmes amhara, documentées par Physicians for Human Rights, avec des allégations d’insultes et de propos à caractère ethnique ;
- la détention arbitraire à grande échelle de civils, documentée par Amnesty International ;
- l’érosion progressive du contrôle indépendant — coupures des télécommunications, restrictions imposées aux journalistes, et non-renouvellement de la Commission internationale d’experts des droits de l’homme sur l’Éthiopie (ICHREE), malgré son avertissement sur la présence des facteurs de risque de crimes contre l’humanité.
3. État de l’évaluation
Des allégations de violations graves du droit international — dont des actes constitutifs de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de nettoyage ethnique — ont été documentées par Amnesty International, Human Rights Watch, Physicians for Human Rights et l’ancienne ICHREE.
En outre, l’Institut Lemkin pour la prévention du génocide maintient une Alerte génocidaire active pour les Amhara depuis septembre 2023, concluant que la tendance documentée présente un risque sérieux de génocide et décrivant une campagne coordonnée et systématique dirigée contre les communautés amhara. Sans constituer une décision judiciaire, cela renforce la nécessité d’un examen international urgent. Seule une juridiction internationale compétente peut, en définitive, déterminer si le seuil juridique du génocide est atteint — et l’absence d’une telle décision ne devrait pas retarder l’action préventive lorsque des indicateurs de risque crédibles sont documentés de façon répétée.
4. Nos demandes
À la lumière de la tendance documentée des violences et de la détérioration du contrôle indépendant, nous demandons respectueusement :
Au Bureau des Nations unies pour la prévention du génocide et la responsabilité de protéger — d’activer le mandat d’alerte précoce du Bureau à l’égard de la situation affectant les civils amhara en Éthiopie ; d’évaluer les éléments disponibles au regard du Cadre d’analyse des crimes atroces des Nations unies ; et de publier une évaluation publique, en communiquant ses conclusions au Secrétaire général et au Conseil de sécurité, conformément au mandat du Bureau.
Au Haut-Commissariat aux droits de l’homme et au Conseil des droits de l’homme — de soutenir la création d’un mécanisme d’enquête international indépendant appelé à succéder à l’ancienne ICHREE, couvrant toutes les parties au conflit et toutes les régions affectées de l’Éthiopie ; et de veiller à ce que ce mécanisme soit habilité à recueillir, analyser et préserver les preuves de violations du droit international des droits de l’homme et du droit humanitaire.
À l’Union européenne, au Parlement européen et à l’Union africaine — de presser le gouvernement éthiopien de protéger les civils, en cessant les attaques contre les civils et les biens de caractère civil, en libérant les personnes détenues arbitrairement, en rétablissant les télécommunications et l’accès humanitaire, et en garantissant l’accès sans entrave des enquêteurs indépendants, des organisations humanitaires et des journalistes ; et de soutenir un contrôle et une reddition de comptes internationaux renouvelés, par l’intermédiaire du Conseil des droits de l’homme des Nations unies et d’autres mécanismes multilatéraux appropriés.
Nous fournirons volontiers les relevés d’incidents détaillés, les sources primaires et des éléments de preuve supplémentaires sur demande. Nous exhortons respectueusement vos services à accorder à cette question une attention rapide, conformément à vos mandats, afin de prévenir de nouveaux crimes et de protéger les populations civiles et les services publics.
Sources et références
- Amhara Association of America — War updates from Amhara Region, Ethiopia (15–21 juin 2026)
- Amhara Association of America — Rapport d’incidents complet (PDF), juin 2026
- Amhara Association of America — Meurtres ciblés à Ankesha-Guagusa, Zigem et Banja (18 juin 2026)
- Amhara Association of America — War updates from Amhara Region (8–14 juin 2026)
- Nations unies (OSAPG/OHCHR) — Cadre d’analyse des crimes atroces
- Nations unies — Mandat du Conseiller spécial pour la prévention du génocide
- Human Rights Watch — Ethiopia: Military Executes Dozens in Amhara Region (Merawi), avril 2024
- Human Rights Watch — « If the Soldier Dies, It’s on You » : attaques contre les soins médicaux en Amhara (juillet 2024)
- Human Rights Watch — Human Rights Council: EU Fails Ethiopia’s Victims (octobre 2023)
- Human Rights Watch — World Report 2026 : Éthiopie
- Human Rights Watch — World Report 2025 : Éthiopie
- Physicians for Human Rights — Renewed Fighting in Ethiopia Risks Widespread Civilian Harm (février 2026)
- Amnesty International — Mettre fin à la détention arbitraire de milliers de personnes en région Amhara (novembre 2024)
- Amnesty International — Une action internationale urgente est nécessaire pour mettre fin aux détentions arbitraires de masse (janvier 2025)
- Amnesty International — Les détentions arbitraires de masse aggravent l’érosion de l’État de droit (octobre 2024)
- Département d’État des États-Unis — Rapport 2024 sur les pratiques en matière de droits humains : Éthiopie
- OHCHR — Éthiopie : violences dans la région Amhara (déclaration, novembre 2023)
- European Council on Foreign Relations — Deadly skies : la guerre des drones en Éthiopie (2025)
- Addis Standard — Plus de 100 personnes tuées dans une frappe de drone, zone du Gojjam Est (avril 2025)
- Addis Standard — L’impunité pour les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité menace-t-elle en Éthiopie ?
- The New Humanitarian — Un bilan civil « horrifiant » alors que l’Éthiopie recourt aux drones de combat (2024)
- Institut Lemkin pour la prévention du génocide — Alerte génocidaire active : Éthiopie (région Amhara), septembre 2023
- Institut Lemkin pour la prévention du génocide — Alerte génocidaire active pour l’Éthiopie, mise à jour 2 (2026)
- Cour internationale de Justice — Application de la Convention sur le génocide (Croatie c. Serbie)
Yours sincerely,
Federation of Amhara Associations in Europe