Les voix derrière les murs.

Un court film qui donne un visage et un nom à onze détenus amhara — puis les inscrit dans un ensemble plus vaste : au moins trois cents prisonniers, et l’effacement de toute voie de recours démocratique.

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01À propos de ce film.

Voices Behind the Walls est le cinquième court documentaire produit sous la bannière GADTF. D’une durée de dix minutes et trente secondes, en anglais, il donne un visage et un nom à onze personnes détenues en Éthiopie — journalistes, médecins, enseignants, juristes et figures politiques — puis les inscrit dans un ensemble plus vaste : au moins trois cents prisonniers, et l’effacement de toute voie de recours démocratique.

Le film avance une thèse en trois temps. D’abord, que ces détentions ne sont pas des accidents judiciaires mais un motif : ces personnes sont enfermées pour ce qu’elles sont et pour ce qu’elles font — défendre, soigner, enseigner, informer. Ensuite, que ce motif s’étend à une échelle collective : au moins trois cents prisonniers. Enfin, il referme le piège — ceux qui auraient pu les défendre par les urnes se trouvent derrière les mêmes murs.

Il s’adresse en priorité aux institutions — le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, le Parlement européen, l’Union africaine — sans renoncer à être compréhensible par un large public. Il ne repose pas sur des images spectaculaires mais sur une grammaire sobre : le portrait, la citation vérifiée, le document officiel, le silence.

02Pourquoi ce traitement.

Trois registres typographiques portent le sens tout au long du film, pour que le spectateur lise l’image sans qu’on ait à la commenter. Le serif pour l’humain — les noms, les citations. La chasse fixe pour le système — les dates, les sources, les métadonnées de détention. Et la géométrie — filets, cadres — pour la loi. Cette règle constante permet au film d’énoncer son propos visuellement plutôt que de l’asserter.

Les portraits ont été retravaillés en noir et blanc selon un standard commun, à partir de sources créditées ; la discipline est délibérée. Aucun spectacle ici, aucune image graphique. Un enregistrement est utilisé tel quel — l’audio authentifié de l’arrestation de la journaliste Genet Asmamaw, placé sur le noir avant l’apparition de son nom. Le film est narré par la voix Clyde sur ElevenLabs. Aucun crédit individuel n’apparaît à l’écran : l’œuvre est portée collectivement par GADTF, afin de protéger ses auteurs et leurs proches.

03Le cadre juridique, et ses limites.

Le film ancre son propos dans la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (1948) — non dans le Statut de Rome, auquel l’Éthiopie n’est pas partie. L’article II définit les groupes protégés : national, ethnique, racial, religieux. L’argument repose sur la notion d’intention (dolus specialis) et sur le standard de la « seule inférence raisonnable » retenu par la Cour internationale de justice. Il s’appuie sur le Cadre d’analyse des crimes atroces de l’OSAPG, qui énumère les facteurs de risque.

Une note de rigueur, énoncée dans le film et ici. À ce jour, aucune juridiction ni aucune commission d’enquête onusienne n’a qualifié de génocide les faits visant les Amhara. La Commission internationale d’experts des droits de l’homme sur l’Éthiopie (ICHREE) a explicitement indiqué, dans son rapport final de 2023, ne pas avoir pu se prononcer sur l’extermination ou le génocide, et a recommandé la poursuite des investigations. Le film construit un argument à partir du Cadre de l’OSAPG ; il ne le présente pas comme un verdict. Il expose aussi les contre-arguments — le contexte d’insurrection armée est réel, et la multiplicité des acteurs complique l’attribution. Le cas de Sisay Awgichew ajoute un crime distinct et continu en droit international : la disparition forcée.

04Les onze.

Chaque notice rassemble les éléments vérifiés au moment de la préparation du film. Lorsqu’un statut n’a pu être reconfirmé auprès d’une source récente, il est signalé comme tel plutôt que surestimé.

01 · Tadios Tantu ታዲዮስ ታንቱ

Historien · Journaliste · Écrivain

Éditorialiste pour plusieurs journaux, connu pour sa série analytique. Arrêté le 5 mai 2021 ; condamné le 25 octobre 2024 à six ans et trois mois sans liberté conditionnelle. Reconnu comme le plus ancien prisonnier politique au monde, emprisonné sous trois régimes successifs. Détenu à la prison de Kaliti, Addis-Abeba. The Habesha · Borkena · AAA

02 · Christian Tadele ክርስቲያን ታደለ

Député · Chef de l’opposition

Cofondateur et porte-parole du Mouvement national Amhara (NaMA). Arrêté à son domicile les 3–4 août 2023 après un discours au Parlement ; immunité levée en mars 2024. Inculpé de terrorisme. Détenu depuis plus de deux ans, avec de graves problèmes de santé et un refus de soins allégué. Addis Standard · Freedom Now

03 · Yohannes Buayalew ዮሃንስ ቧያለው

Conseiller régional

Membre du conseil régional de l’Amhara ; a dénoncé, en session, la gestion par le gouvernement des griefs amhara. Arrêté à Bahir Dar le 15 août 2023 sans levée de son immunité ; inculpé de terrorisme. Opéré en décembre 2024 après une négligence médicale répétée, renvoyé à Kaliti quelques heures plus tard contre l’avis médical. Addis Standard · BBC Amharic · US State Department

04 · Dr Kassa Teshager

Universitaire · Conseiller municipal

Universitaire et membre du conseil municipal d’Addis-Abeba. Arrêté en août 2023 en même temps que Christian Tadele et Yohannes Buayalew, sur des charges liées au terrorisme dans le contexte de l’état d’urgence en Amhara. Détenu à Addis-Abeba, initialement à Awash Arba. Addis Standard · Ethiopia Insider · Borkena

05 · Meskerem Abera

Journaliste · Enseignante · Écrivaine

Fondatrice d’Ethio Nikat Media et mère de deux enfants. Arrêtée à son domicile le 9 avril 2023 ; jugée pour terrorisme (peine de mort encourue), et condamnée dans une affaire distincte en novembre 2024 à un an et quatre mois pour « incitation » (en appel). Une lettre depuis sa détention sur le dysfonctionnement de la justice est utilisée dans le film. CPJ · CFWIJ · SOS Defenders

06 · Dr Wondwossen Assefa

Médecin

Un médecin détenu à Kaliti dans le contexte de l’état d’urgence en Amhara, sur des charges liées à l’expression et à l’appartenance. Une lettre depuis Kaliti citant Oscar Wilde est utilisée dans le film. Statut au moment de la préparation du film — à confirmer auprès d’une source récente. NISIR International · AAA

07 · Gobeze Sisay

Journaliste

Détenu et interrogé sur son travail journalistique, et nommé dans l’acte d’accusation commun du 7 juin 2023 aux côtés de Meskerem Abera et Genet Asmamaw. Recensé sous le chef de terrorisme dans le décompte CPJ. Détenu à Addis-Abeba. CPJ

08 · Genet Asmamaw

Journaliste

Arrêtée en avril 2023 ; l’arrestation violente a été enregistrée et authentifiée par son avocat, Henok Aklilu. Inculpée de terrorisme dans l’acte d’accusation commun du 7 juin 2023. L’enregistrement est utilisé dans le film, placé sur le noir avant l’apparition de son nom. CFWIJ · CPJ

09 · Abay Zewdu አባይ ዘውዱ

Journaliste · Amhara Media Center

Rédacteur en chef de l’Amhara Media Center. Enlevé dans un café d’Addis-Abeba le 10 août 2023 et inculpé de terrorisme (« conspiration en vue de renverser le gouvernement » ; peine de mort encourue), accusé notamment d’avoir rassemblé des photographies d’Amhara tués. Détenu à Qilinto avec des problèmes de santé non soignés. Sa sœur rapporte ses mots : « We do this for the truth. » CNS Maryland · CPJ · RSF · photo courtesy Zoma Zewdu

10 · Dr Chane Kebede

Médecin · Dirigeant de parti

Médecin et dirigeant du parti Ethiopian Citizens for Social Justice (ECSJ), détenu depuis 2023 sur des charges liées à l’activité politique. Détenu à Addis-Abeba. Statut 2025–2026 à réactualiser auprès d’une source récente. Borkena · AFP

11 · Sisay Awgichew ሲሳይ አውግቸው

Professeur d’université · DISPARU

Professeur assistant et président de la Shewa Peace and Development Association, détenu depuis 2023 sur des charges largement considérées comme fabriquées. En février 2026, un tribunal ordonne sa libération sous caution ; à sa sortie de la prison de Kilinto, il est enlevé par des individus masqués dans un véhicule aux vitres teintées. Sa localisation reste inconnue — un cas de disparition forcée, crime continu en droit international. Dans le film, le sommet dramatique avant le mémorial : même une libération ordonnée par la justice n’est pas respectée. AAA · Borkena · The Habesha

Crédits de production

Production
Global Amhara Diaspora Diplomatic Task Force (GADTF)
En collaboration
Amhara Advocacy
Narration
ElevenLabs (Clyde)
Langue
anglais, sous-titres FR / AM
Auctorialité
Porté collectivement par GADTF — aucun crédit individuel, par choix, afin de protéger ses auteurs et leurs proches.

Sources citées dans le film

  1. Bureau des Nations unies pour la prévention du génocide. Cadre d’analyse des crimes atroces (2014) — l’instrument analytique dont le film tire son argument.
  2. HCDH. « Éthiopie : des experts de l’ONU alarmés par les violences dans la région Amhara » (17 novembre 2023).
  3. ICHREE. Rapport de la Commission internationale d’experts des droits de l’homme sur l’Éthiopie, A/HRC/54/55 (2023) — avec A/HRC/54/CRP.2 et CRP.3.
  4. Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Violences raciales et ethniques contre les Amhara d’Éthiopie, A/HRC/55/NGO/186 (2024).
  5. Human Rights Watch. « Éthiopie : l’armée exécute des dizaines de personnes dans la région Amhara » (avril 2024), corroboré par l’EHRC.
  6. European Council on Foreign Relations. Deadly Skies: Drone Warfare in Ethiopia (2025).
  7. Committee to Protect Journalists (CPJ) & Coalition For Women In Journalism (CFWIJ) — documentation des cas des journalistes emprisonnés.
  8. Amnesty International, Lemkin Institute (Active Genocide Alert), Physicians for Human Rights, EEPA, AAA.
  9. Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (1948 ; Éthiopie ratifiée en 1949) — et la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées (2006), cadre du cas Sisay Awgichew.

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